[série]
Noir & Blanc
« Géographies du contraste »
Une écriture parallèle à mes séries
Le noir et blanc n’est pas ici le sujet d’une série, mais une manière de regarder et de construire la photographie. À certains moments de mes voyages, l’image se pense dès la prise de vue pour le monochrome. Ce choix devient alors une forme d’essai parallèle à mes séries principales : il déplace mon attention vers les valeurs de lumière, les lignes, les masses, les matières et les présences. Il intervient souvent lorsque le paysage se réduit déjà de lui-même : la neige, le brouillard, le givre, le sable, la fumée ou les embruns effacent une partie des couleurs et des repères.
La lumière comme matière première
Là où un soleil trop fort peut contrarier la subtilité que je recherche habituellement en couleur, il devient ici un outil. Les ombres se densifient, les surfaces se découpent et l’espace se reconstruit à travers les rapports entre le blanc, les gris et le noir. Isoler, effacer, structurer, faire émerger : un arbre, un poteau électrique, un phare ou un animal se détache dans une étendue presque vide. Il devient une forme, une échelle ou une présence. La couleur n’organise plus l’image ; le regard doit chercher les lignes, suivre les rythmes et accepter qu’une partie du monde disparaisse avant de se révéler autrement.
Une géographie discontinue du monochrome
De la Normandie à la Roumanie, de l’Auvergne aux déserts du Maroc et de Namibie, jusqu’à la Patagonie, la Nouvelle-Zélande et la Bretagne, ces photographies composent une géographie discontinue. Le noir et blanc rapproche ces territoires éloignés en faisant dialoguer le blanc de la neige avec celui du sable, la brume avec la fumée, les herbes sèches avec le givre ou l’écume avec la pierre. Cet ensemble forme ainsi un contrechamp à mes séries principales. On y retrouve la même attention portée aux territoires, aux structures et aux instants de bascule, mais dans une écriture plus dépouillée et plus graphique. Ces photographies poursuivent une réflexion sur la forme, l’échelle et l’apparition : l’acte de voir lorsque le monde perd une partie de ses couleurs et de ses repères.
























